Robot sexuel, le meilleur amant de l'homme ?

Pauline GALLET

23 ans, Neoma Business School - Reims
Mention spéciale du jury

Pauline

Automatisation des lignes de production, tâches ménagères, opérations chirurgicales…les robots allègent notre charge de travail et nous font gagner du temps, mais pourront-ils aller jusqu’à déshumaniser le plaisir ultime ? Les « robots sexuels » ont-ils leur place dans notre société ?

X-Robot : aux frontières du réel

Un corps docile qui ne dit jamais non, qui sait s’adapter à nos envies et qui nous susurre tout ce que l’on souhaite entendre ? Non, il ne s’agit pas d’un être en chair et en os, mais d’un « sex robot »A. Le premier robot sexuel, au corps réaliste et aux courbes affriolantes a déjà vu le jour, sous le nom de Roxxxy.1 L’entreprise qui la commercialise, True Companion, nous promet un(e) partenaire qui nous parle, exprime des sentiments et satisfait tous nos désirs. De quoi faire rêver a priori !

Certains attendent avec impatience le développement de ces humanoïdes et y voient une simple extension des jouets sexuels déjà existants2. Il est vrai que de tous temps, les objets dédiés au plaisir ont fait partie de notre intimité et n’ont cessé d’évoluer, des premiers sextoys rudimentaires jusqu’aux objets connectés tels que Vibease, pour s’amuser seul ou à deux ou encore Little Bird, alliant lectures érotiques et plaisir intime.

La nouveauté des robots sexuels réside dans leur capacité à « ressentir » des émotions et à parler, grâce à leur intelligence artificielle. Ils sont par ailleurs dotés de traits de caractères spécifiques ainsi que d’attributs physiques très travaillés, qui en font des copies presque conformes de ce que nous sommes.

Mais les individus seront-ils toujours capables de comprendre que l’on ne peut se comporter avec ses semblables comme avec son robot ? Ne risque-t-on pas des dérives et le développement d’une limite floue entre fiction et réalité ?

La sexualité robotisée, une innovation contestée

Au-delà de l’engouement suscité par cette nouvelle technologie, un tel robot à l’image de l’homme (ou plutôt de la femme dirons-nous) provoque une certaine angoisse parmi nombre de scientifiques, psychologues et sociologues. Des chercheurs anglais ont d’ailleurs lancé une campagne pour lutter contre le développement de ces robots3 et au Japon, un fabricant a stipulé qu’aucune relation sexuelle ne devait être entreprise avec Pepper, son produit phare.4

La crainte majeure réside dans l’instrumentalisation de la femme qui risque d’en découler. En effet, l’idée de la femme-objet qui fait débat depuis bien longtemps prend maintenant forme de manière extrêmement réaliste et la quasi-absence de robots masculins ne fait que renforcer les stéréotypes.

Les inquiétudes proviennent également de la confusion qui pourrait naître entre les relations entretenues avec un robot et celles avec un individu. Cela ne serait pas sans conséquence sur nos relations sociales et notre sexualité. En effet, l’homme a tendance à humaniser et à aimer des objets, comme il le ferait avec ses semblables. Mais avec les sex robots, leur capacité à simuler des émotions ne fait qu’accroître la possibilité d’en tomber amoureux5, pour le meilleur ou pour le pire. On pourrait en venir à un jeu de séduction dangereux, qui placerait l’homme comme une victime, un être exploité par le robot, car comme l’affirme R. Mackenzie, « les humains sont posés comme vulnérables au comportement séducteur des robots ».6

Robot

Enfin, il est bon de s’attarder sur les relations sexuelles à proprement parler. Nos relations intimes ne sont pas le simple assouvissement d’une pulsion naturelle que pourraient complétement combler les androïdes, mais s’entourent de tout un rituel et de l’incertitude qui sont propres aux rapports entre les individus. Avec son propre robot, nul besoin de faire face à la concurrence ou d’entrer dans le jeu de la séduction, qui sont pourtant partie intégrante des relations, que ce soit chez les humains ou dans le monde animal.7

Le fantasme à portée de main

Déjà dans la mythologie grecque, la création de la femme parfaite par les mains de l’homme est relatée. Pygmalion, incapable d’apprécier les femmes qui l’entourent, sculpte son idéal, dont il tombe amoureux.

Aujourd’hui, avec les « real dolls »B, il est possible de choisir les traits dominants de personnalité ainsi que certains aspects physiques de son partenaire robotique. On peut imaginer que dans un futur proche, ces robots pourront être faits sur mesure, réalisant ainsi le fantasme de leur acheteur en quelques clics (et quelques milliers d’euros par la même occasion). L’une des préoccupations réside dans cette possibilité de réaliser son désir de partenaire si facilement, ne laissant plus de place à l’imagination et nous poussant à désirer toujours plus, comme l’expliquait déjà PlatonC. Le risque est aussi d’aller encore plus loin que ce sur-mesure, en « clonant » des êtres existants ou en ressuscitant ceux qui nous ont quittés. Les scénaristes de Black Mirror nous ont d’ailleurs mis en garde dans un des épisodes de la série8 : une jeune femme attribue les caractéristiques de son compagnon défunt à un robot ultra-réaliste. S’en suit alors une descente aux enfers, car bien que déstabilisée par la froideur de son androïde, elle ne peut s’en débarrasser, trop attachée aux souvenirs qu’il ravive. L’héroïne se retrouve alors « prise au piège » par cette relation, qui la coupe de tous ceux qui l’entourent. Bien que fictive, cette histoire nous montre les menaces de ces innovations et nous amène à nous interroger sur des sujets plus complexes encore, comme la reproduction entre hommes et robots et la gestation pour autrui.

Critiqués pour les dangers éthiques, sociaux et personnels que ces humanoïdes représentent, ils n’ont pourtant pas encore trouvé leur place dans nos vies. Dépourvus de l’esprit de contradiction et de ces petits défauts à la fois agaçants et attachants, les robots ne semblent pas encore prêts à nous remplacer. Ne dit-on pas d’ailleurs que ce sont les disputes qui mènent aux réconciliations passionnées sur l’oreiller ? 

Notes

  • A « Sex robot » : robot sexuel, autrement dit, un jouet sexuel à taille humaine et qui reprend les caractéristiques physiques d’un être humain
  • B « Real doll » : poupée sexuelle, à taille humaine, qui peut être robotisée ou non
  • C Selon Platon, qui reprend l’histoire du tonneau des Danaïdes, le désir est incessant. Effectivement, la satisfaction d’un désir n’est que temporaire, et il s’en suit un nouvel état d’insatisfaction et de manque, qui pousse à désirer de nouveau. Le bonheur ne passe donc pas par la satisfaction de tous nos désirs, d’autant plus lorsque cette satisfaction est facile à obtenir.

Sources